Médecine Interne — voir large, raisonner juste, soigner sobrement
L’interniste écoute, relie, hiérarchise
— et laisse l’instant trancher. »

Résumé
La Médecine Interne est l’art d’accueillir la complexité : plusieurs symptômes, plusieurs organes, une histoire singulière. On y avance par écoute, raisonnement et parcimonie : faire le moins mais le mieux, au bon moment. L’interniste relie le ressenti aux données, hiérarchise le probable, évite l’excès d’examens et d’ordonnances, et cherche une cohérence qui améliore la qualité de vie tout en réduisant l’iatrogénie.
Entre science et sensibilité : une aventure humaine
Plongé dans l’univers de la Médecine Interne depuis cinquante ans, je suis conscient qu’au-delà des symptômes se cache une vie faite de souffrances, d’espoirs et d’histoires uniques. Ici, la science rejoint l’art pour devenir une aventure humaine. Les énigmes diagnostiquées sont autant d’invitations à regarder au-delà des organes, à déchiffrer l’âme qui se révèle dans chaque regard. C’est dans cette quête partagée de sens et de solidarité que je puise la force de soigner avec authenticité.
Au creux des souffrances partagées se dévoile la lueur d’une humanité authentique. Nos valeurs, véritables havres d’espoir opposés à l’insignifiance des masses, nous guident dans l’art subtil de déchiffrer l’énigme de chaque vie. En médecine interne, la science se mue en art, et chaque patient devient porteur d’un récit sincère et d’une sensibilité vibrante. Ensemble, nous tissons un chemin de solidarité, où le soutien dépasse la simple compassion pour embrasser la profondeur de l’existence.
Le médecin devient ainsi un compagnon de route pour le patient, qui ne se réduit pas à un simple dysfonctionnement mais vit une complexité singulière. Chaque énigme clinique révèle une histoire intime, où la fragilité de l’être se confronte aux défis de la science, transformant le soin en une quête de sens et d’équilibre.
1. Pourquoi ce thème ?
Parce que beaucoup de patients ne « rentrent » pas dans une case. Douleurs diffuses + fatigue + bilans variables ; symptômes qui se répondent mais ne s’additionnent pas ; diagnostics déjà posés mais incohérents entre eux. La Médecine Interne accepte cette zone grise et lui donne une méthode : accueillir, clarifier, prioriser, décider.
2. Sa force
Vision systémique
Relier organes, traitements, terrain, contexte de vie. Chercher les interactions (comorbidités, médicaments, environnement).
Raisonnement probabiliste
Passer du vague au probable : hypothèses, signes discriminants, examens ciblés, réévaluation. Observer → hypothèse → vérifier.
Sobriété thérapeutique
Limiter l’iatrogénie : déprescrire quand c’est juste, éviter les cascades d’examens, préférer les preuves utiles à la surenchère.
3. Comment agit-elle ?
Trois cercles simultanés : (1) Clinique (histoire + examen), (2) Données (bio/imagerie parcimonieuses), (3) Milieu (rythmes, sommeil, charge mentale, environnement). On boucle ensuite : ce qui change guide la suite.
Éviter 5 biais cognitifs fréquents
- Ancrage : rester prisonnier de la première hypothèse → forcément reconsidérer après les nouveaux faits. (voir mes remarques sur Festinger : Dissonance cognitive)
- Confirmation : ne voir que ce qui conforte → chercher un signe qui invalide.
- Disponibilité : confondre fréquent/vu récemment → regarder les bases de probabilité du patient réel.
- Attribution : réduire à l’étiquette psy/âge → vérifier les red flags organiques.
- Sur-diagnostic : tout expliquer par l’imagerie → corréler strictement aux symptômes.
4. Ce que j’en fais en pratique
Second avis d’interne
- Tableau complexe multifactoriel
- Diagnostics contradictoires
- Polymédication / effets indésirables
- Errance avec examens répétés sans cap
Déroulé d’une consultation
- Récit libre (5–10 min) + chronologie
- Examen ciblé (signes discriminants)
- Hiérarchie des hypothèses (A/B/C)
- Plan sobre : examens à forte valeur + pistes d’ajustement de vie
- Revue courte à 4–8 semaines
Venir préparé
- Liste de tous les médicaments & compléments
- Examens récents (PDF/compte-rendus)
- Symptômes priorisés (Top 3)
- Journal bref (sommeil, douleur, énergie)
5. Une ouverture
La Médecine Interne est aussi une école d’humanité. Comme l’écrit David S. Goldstein :
« Les patients […] nous font part de leurs problèmes, et nous devons donner un sens à ce qu’ils nous disent. […] Ils sollicitent notre aide ; nous devons compatir à leur métamorphose involontaire […] qui les fait passer du statut de personne indépendante à celui de patient. »
— D.S. Goldstein, Adrenaline and the Inner World, Johns Hopkins Univ. Press, 2006.
Mon parti pris : tenir ensemble le vécu et les preuves, préférer la justesse à la surenchère, et laisser les signaux faibles orienter le bon moment d’agir.
Ce que fait un interniste — 12 verbes concrets
Écouter, reformuler, relier, hiérarchiser, examiner, déprescrire, cibler, expliquer, décider avec, simplifier, coordonner, suivre.
Note : ces informations sont générales et ne remplacent pas un avis médical personnalisé. En cas de signes d’alarme (douleur thoracique, détresse respiratoire, faiblesse brutale d’un membre, fièvre élevée persistante, confusion aiguë, saignement important), contacter les urgences.