Notre façon de nommer les évènements
révèle notre vision, notre place dans le monde.

De la déchirure
au point d’inflexion
Notre cerveau élimine systématiquement l’idée que notre vie soit conditionnée par des événements imprévisibles. À la place, il nous berce dans l’illusion trompeuse que nous sommes maîtres de notre destin.
En admettant ce fait, que nous constatons quotidiennement à travers de petits incidents à peine perceptibles, nous nous émancipons de notre dépendance intellectuelle.
Nous écoutons alors une autre source, celle qui inspire notre voix intérieur et se caractérise par son caractère intrépide.
Nous nous plaçons alors au-dessus de notre cerveau et prenons le contrôle de la situation, avec une bonne distance par rapport aux peurs auxquelles nous nous étions identifiés auparavant. Le cerveau redevient alors un simple outil au service de la gestion de nos projets.
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Explorer le point d’ancrage dans la réalité : il s’appelle
ÉVÈNEMENT
Trois strates le caractérisent
Dans l’apparente linéarité d’un parcours de vie, l’événement surgit comme un décalage. Il interrompt, déconcerte, rompt l’enchaînement habituel. Mais il peut aussi — s’il est accueilli, traversé, digéré — devenir un point d’inflexion.
1. L’événement comme effet d’une causalité
Dans sa forme ancienne, l’événement était perçu comme le point final d’un enchaînement : dénouement, jugement, sentence. Ce sens s’estompe aujourd’hui, mais il perdure dans la quête d’un « pourquoi » chez le patient. Il devient une réponse supposée à une faute ou à un ordre caché.
Approche holofeeling : remettre en mouvement cette causalité figée en transformant le fait en appel à se retourner intérieurement.
2. L’événement comme ce qui arrive à un sujet
L’événement est ce qui m’arrive. Il devient affectif : « triste », « heureux », bouleversant. Ce n’est plus la cause mais le regard subjectif qui prédomine. Le traumatisme devient l’occasion d’une écoute de soi, d’une sortie du jugement automatique.
« Ce qui trouble les hommes, ce ne sont pas les choses, mais les jugements qu’ils portent sur elles. » – Épictète
3. L’événement comme rupture inattendue
Irruption. Surprise. Brèche. L’événement vient du dehors. Il est kairos – le moment opportun, fécond, imprévisible. Il ne se comprend qu’après coup, parfois longtemps après. Il devient possible de s’y préparer à travers une pratique douce d’accueil de l’imprévisible.
IBM : un code éthique fondateur
IBM n’a pas été fondée par des mormons, mais Thomas J. Watson Sr., son dirigeant visionnaire, a instauré une culture d’entreprise profondément marquée par une éthique d’inspiration méthodiste. Le mot d’ordre : Respect, Service, Excellence.
Bien que ces racines spirituelles aient été oubliées, leur trace subsiste dans le comportement collectif. L’événement fondateur — ce souffle d’idéal — continue à agir dans l’inconscient d’une institution. C’est un exemple de transmission invisible.
Pierre Gardelle : respirer avant l’effort
Le thérapeute Pierre Gardelle a découvert que la seule façon de ne pas s’essouffler dans un escalier est de souffler à fond juste avant l’effort. Une simple respiration préventive transforme l’issue de l’événement.
Ce geste apparemment insignifiant devient une métaphore fondamentale : c’est par l’entraînement aux micro-événements qu’on apprend à vivre les grandes ruptures. Chaque tension quotidienne devient un exercice de présence.
Conclusion : l’événement comme miroir
L’événement nous révèle, non pas en tant que victime, mais comme miroir de notre rapport au réel. Il révèle notre rapport au temps, à l’autre, et à nous-mêmes. Il invite à passer du récit au silence, du réflexe à l’écoute, du sens imposé au sens accueilli.
Pratique suggérée : s’exercer chaque jour à accueillir un « micro-kairos » — un imprévu, une contrariété, un silence — comme une porte d’entrée vers soi-même.
« Il n’y a pas de grande traversée sans événement, mais il n’y a pas d’événement sans accueil. Mieux vaut alors s’exercer quotidiennement pour réussir le grand accueil au moment critique»